Le chemin de promenade

Les étirements du matin : dix minutes pour bien commencer

Avec l’heure d’hiver, le jour entre dans la chambre avant nous : c’est le moment de prendre dix minutes au saut du lit. Je te raconte mes gestes du matin, minute par minute, du bord du lit jusqu’à la fenêtre.

Une grand-mère ouvre les rideaux de sa chambre en levant les bras, au lever du jour

Ce matin, mon petit, quand j’ai ouvert les yeux, il faisait déjà clair. On a reculé les pendules cette nuit, et d’un coup le jour entre dans la chambre avant moi. Alors je n’ai pas bondi hors du lit. Je me suis assise au bord, les pieds sur le parquet, face à la fenêtre, et j’ai pris mes dix minutes.

Je te les raconte geste par geste, avec ma vieille pendule de cuisine en tête. Rien de compliqué : pas de tapis, pas de tenue spéciale, pas de musique. Une chemise de nuit, une fenêtre, et l’envie de commencer doucement.

Avant de commencer

Quelques règles de la maison, que je me répète chaque matin :

  • On bouge lentement, sans à-coups.
  • On va moins loin que ce qu’on pourrait. Rien ne doit tirer fort.
  • Si un geste ne te plaît pas, tu le sautes. Personne ne compte les points.
  • Pour les gestes debout, garde une main près d’un appui : le rebord de la fenêtre, le dossier d’une chaise, la commode.

En cas de doute ou de douleur, demande d’abord conseil à ton médecin.

Assise au bord du lit

0 à 1 minute : regarder le jour

Assieds-toi au bord du lit, les deux pieds à plat par terre, les mains posées sur les cuisses. Ne fais rien d’autre que regarder la fenêtre. Respire par le nez, tranquillement, et laisse tes yeux s’habituer à la lumière. C’est le moment le plus facile de la journée, et l’un de mes préférés.

1 à 2 minutes : les pieds sur le parquet

Sans te lever, soulève les talons, puis repose-les. Ensuite les orteils, comme si tu jouais du piano par terre. Dix fois chacun, sans te presser. Le parquet est un peu frais, et c’est justement ce qui est agréable : on sent qu’on est bien là, dans sa chambre, un matin d’automne.

2 à 3 minutes : les mains qui pétrissent

Ferme les mains, puis ouvre-les en écartant bien les doigts. Comme pour pétrir une pâte à pain, mais dans le vide. Vingt fois, à ton rythme. Finis en frottant tes paumes l’une contre l’autre : elles deviennent toutes chaudes, et c’est un petit plaisir que je ne me refuse jamais.

3 à 4 minutes : oui, non, peut-être

Fais « oui » avec la tête, très lentement, cinq fois. Puis « non », cinq fois, en regardant d’abord l’armoire, puis la fenêtre. Puis « peut-être », en penchant l’oreille vers une épaule, puis vers l’autre. Tout petit, tout doux. Mes petits-enfants rient quand je fais ça, et moi aussi.

4 à 5 minutes : les épaules qui haussent

Monte les épaules vers les oreilles, garde-les là le temps de compter jusqu’à trois, puis laisse-les retomber d’un coup, comme on pose un panier trop lourd. Cinq fois. Ensuite, dessine cinq cercles vers l’arrière avec les épaules. On a l’impression de se faire plus large, et le col de la chemise de nuit tombe mieux.

Debout, près de la fenêtre

5 à 6 minutes : ouvrir les rideaux

Lève-toi sans te presser, en t’aidant de tes mains sur les cuisses. Va jusqu’à la fenêtre et ouvre grand les rideaux, les deux bras en même temps. Puis tends les bras vers le haut, comme pour attraper la tringle, et reste ainsi trois longues respirations. Redescends les bras lentement, par les côtés. Deux fois. C’est le geste que fait le chat quand il se réveille sur le fauteuil, et je ne connais personne qui s’étire mieux que lui.

6 à 7 minutes : le roseau

Une main sur le rebord de la fenêtre, l’autre bras au-dessus de la tête. Penche-toi un tout petit peu du côté de la fenêtre, comme un roseau sous le vent, puis reviens bien au milieu. Trois fois, puis tu changes de côté. Pendant ce temps, regarde dehors : le ciel, le toit d’en face, l’arbre qui perd ses feuilles.

7 à 8 minutes : regarder derrière soi

Debout, les pieds un peu écartés, laisse pendre les bras. Tourne doucement le buste vers la droite, comme si quelqu’un t’appelait dans la chambre, puis vers la gauche. Les bras suivent tout seuls et viennent battre contre toi, mollement. Dix fois de chaque côté. C’est un geste d’enfant, et il m’amuse toujours.

8 à 9 minutes : la pointe des pieds

Pose les deux mains sur le rebord de la fenêtre. Monte sur la pointe des pieds, reste une seconde, puis redescends en posant bien les talons. Dix fois. À chaque montée, tu vois un peu plus loin par-dessus la haie. Ce matin, j’ai aperçu le voisin qui promenait son chien, et nous nous sommes fait un petit signe.

9 à 10 minutes : dire bonjour

Dernière minute : ne bouge plus. Reste debout devant la fenêtre ouverte, si le temps le permet, et nomme à voix basse trois choses que tu vois. Ce matin, pour moi, c’était un merle sur la haie, la brume au fond du pré et le premier rayon sur la gouttière. Puis je referme, et je descends mettre l’eau à chauffer.

Pourquoi le matin, et pourquoi la fenêtre

Mon père, avant d’aller à l’étable, restait toujours un moment sur le pas de la porte. Il levait les bras, il regardait le ciel pour savoir quel temps il ferait, et il partait. Il n’appelait pas ça des étirements. C’était sa façon de dire bonjour à la journée. J’ai gardé l’habitude, en remplaçant le pas de la porte par la fenêtre de ma chambre.

Et cette semaine est la meilleure pour commencer. Avec l’heure d’hiver, le jour se lève plus tôt sur nos réveils, et pendant quelques semaines, les matins sont clairs. On ne fait pas ses gestes dans le noir, à la lumière du plafonnier : on les fait avec le jour. Profite de ce cadeau du calendrier, il ne dure pas.

Si tu n’as pas dix minutes

Garde seulement trois gestes : les mains qui pétrissent, les rideaux qu’on ouvre en levant les bras, et la dernière minute devant la fenêtre. Trois minutes, montre en main. Le reste viendra quand tu en auras envie. Un matin sur deux, c’est déjà très bien. Ce n’est pas un devoir, c’est un rendez-vous.

Je t’embrasse, mon petit.

Ce qu’il faut retenir
  • Dix minutes, au saut du lit, sans tapis ni tenue
  • Cinq gestes assis au bord du lit, cinq debout près de la fenêtre
  • Lentement, sans à-coups, rien ne doit tirer fort
  • Une main toujours près d’un appui pour les gestes debout
  • Pressé ? Garde trois gestes : les mains, les rideaux, la fenêtre

Les questions qu’on me pose

Je peux tout faire assis ?
Bien sûr, mon petit. Les cinq premiers gestes se font au bord du lit, et pour les autres, une chaise devant la fenêtre fait très bien l’affaire. Tu lèves les bras, tu tournes le buste, tu regardes dehors : c’est le même rendez-vous.
Et s’il fait encore nuit chez moi ?
Allume une petite lampe plutôt que le plafonnier, et garde la dernière minute pour le moment où le jour arrive, au petit-déjeuner par exemple. Ce qui compte, c’est le rendez-vous, pas l’heure exacte.
Combien de fois par semaine ?
Quand tu en as envie. Un matin sur deux, c’est déjà très bien. Ce n’est pas un devoir, et personne ne compte les points.
Un geste me gêne, je fais quoi ?
Tu le sautes, tout simplement. On va toujours moins loin que ce qu’on pourrait. En cas de doute ou de douleur, demande d’abord conseil à ton médecin.

Le petit quiz de Mamie

Selon Mamie, quel animal s’étire le mieux au réveil ?

« Le matin, je ne saute pas hors du lit : je dis d’abord bonjour au jour. »
Prends soin de toi, mon petit.Mamie Georges

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